Les Bafia

Les Bafia sont des Bantous. Ils se sont établis au centre du Cameroun, dans la région appelée région du Mbam, probablement au 14e siècle, juste avant le début du commerce triangulaire.

Avant l'arrivée des Allemands dans cette région du Cameroun, les Bafia se reconnaissaient par les noms de familles. L'attribution des noms à leur descendance en est encore la preuve. A titre d'exemple, les noms comme "Diamang" qui en réalité devaient être constitués de deux mots à savoir "Dia et Amang" exprime pour "Dia", l'appartenance à un groupe d'individus, qui descend d'une famille que l'on nomme "Amang".

Cet héritage de nomination a, avec l'évolution de la langue, fait apparaître le "A", pour préciser dans la même famille, pour un enfant donné, la personne qui en est le père. "Dolle A Djô" veut simplement dire "Dole", le fils de "Djô", qui peut faire partir de la grande famille "Diamang" où Amang est le nom de l'ancêtre influent le plus ressent.

De cette façon, les Bafia ont pu garder de génération en génération, avec l'aide des compteurs, leur filiation généalogique. Cette mémoire tribale s'est estompée dans le temps perdant des informations, parfois remplacées par des mites. La perte d'informations est surtout due au fait que, la repitition des noms sur plusieurs générations dans un systèmes basé sur l'orale, crée dans le temps des incertitudes difficiles à remonter.

L'arrivée des Allemands avait fortement influencée la vie de la région. Conduit par leur désire d'expansion, les Allemands trouvent la région de Bafia dans une situation conflictuelle opposant MATCHANE alors chef des Bafia en conflit non ouvert contre MBARA A YOMBO, descendant et héritier légitime de la chefferie des Bafia.

Mais comment Matchane "Machia", un étranger est-il devenu chef des Bafia?

Anong A Dang chasseur réputé d'origine "Fack", était un ami intime à YOMBO A BITSONG, alors chef supérieur des Bafia. L'influence de Yombo était grande dans la région; mais, c'était un souverain qui se suffisait, et qui n'avait pas de grandes ambitions d'expansion. Il ne trouvait aucune raison à perturber la tranquilité de la région, éssayant d'élargir son pouvoir aux territoires voisins. Il régnait sur les Bafia, et étendait son influence aux peuples alentours, en fonction des besoins immédiats de sa tribut, où pour contrer la monté d'une puissance voisine, pouvant porter préjudice à son règne.

La vie avec ces proches n'était non plus facile. YOMBO avait du mal à trouver autour de lui, des personnes suffisamment sincères, à qui il pouvait faire entièrement confiance. Cette méfiance, étant le résultat des convoitises et des problèmes personnels auxquels, le grand chef qu'il était faisait face. Le problème majeur qui le révoltait, était lié à sa difficulté à procréer. YOMBO eu d'énormes problèmes de procréation, et son premier fils MBARA A YOMBO vint au monde, lorsque le monarque était déjà dans la quarantaine.

Son épouse METHO, connu par la suite de nombreuses fausses couches, avant et après la naissance de MBARA, jusqu'à l'ultime grossesse où sentant qu'une fois de plus sa femme allait perdre le bébé dont elle était enceinte, le souverain réunit les sages de son village et leur donna cette sommation:

"Ma femme est enceinte, et vous tous savez combien elle et moi avons souffert de la perte des précédentes grossesses

Elle porte un enfant mâle qui s'appellera YOMBO; et YOMBO ne mourra pas".

Cette sommation à l'élite, était un message qui leur invitait à prendre des dispositions pour que l'enfant vive. Les conséquences d'un événement contraire, dans le concept des chefferies traditionnelles de l'époque, pouvaient être désastreuses pour l'élite et leurs familles, et pour la région en générale.

A six mois de grossesse, lorsque les contractions apparurent, les sages et guérisseurs du village préparérent un endroit où l'enfant devait être gardé jusqu'à sa maturité. Yombo vint au monde prématurement à six mois. Le nouveau né fut confié, aux sages du village qui l'isolèrent. Il resta trois mois dans la forêt, dans une calebasse qui lui servait de couveuse. Seules des personnes choisies parmis les notables, et la mère de l'enfant, avaient la légitimité de lui rendre visite. Après ces trois mois d'isolement, l'enfant fit ramené au village, à l'occasion d'une grande fête donnée en l'honneur du prince. YOMBO A YOMBO était désormais l'un des leurs.

Le souverain se sentait déjà fatigué, et cherchait autour de lui, une personne pouvant assurer l'intérim du pouvoir, en attendant la majorité de son fils ainé MBARA A YOMBO.

Ayant peur de son entourage immédiat qui débordait d'ambition, YOMBO réunit son cercle d'élite, et leur parla de ses problèmes de santé. Un invité inattendu, faisait partir de cette assemblée; le chasseur et ami du souverain ANONG A DANG.

Le souverain annonça à l'assemblée, son intention de confier provisoirement le pouvoir à son ami le chasseur, ce dernier lui étant resté fidèle dans toute circonstance, argumenta t-il. Il précisa également que vu l'âge de MBARA son fils ainée, le pouvoir devait revenir à sa lignée dans très peu de temps.

 

Cette réunion, était une invitation à faire adhérer à l'élite, le moyen de transition qu'il avait imaginé.

Pour éviter toute sorte de polémique après sa disparition, le souverain réunit par la suite une assemblée restreinte afin de bénir ses fils.

Mais après la mort de YOMBO, l'adhésion de l'élite à la gouvernance d'ANONG ne fut pas de grande motivation. Le respect était donné à ANONG, par ce qu'il gardait les fils du souverain, mais l'engouement de le soutenir dans sa fonction n'était pas au rendez-vous. ANONG n'était rien d'autre qu'un étranger.

Ambitieux, ANONG entrepris d'étendre son pouvoir, en intégrant de plus en plus les villages de la région, sous son autorité. Sachant qu'il était mal aimé par les proches de l'ancien souverain, et motivé par son ambition personnelle, ANONG se construisit une réputation qui lui permit le moment venu, de passer le pouvoir à son propre fils MATCHANE "MACHIA", sans que cela fasse trop de vagues.

MACHIA et MBARA étaient approximativement du même âge. Ce détournement de la dynastie ne se fit pas sans révolte. MBARA quitta la famille ANONG, soutenu par les proches de son père pour tenter de mettre sur pieds, une révolte qui lui permettrait de reprendre le trône; Mais en vain.

Il ne réussit pas à fédérer autour de lui, les villages Bafia qui, désormais soutenaient MACHIA par les alliances établies avec son père ANONG.

De peur que MBARA n'aille chercher des alliances qui pourraient nuire à sa souveraineté, MACHIA mis en place une politique d'expansion et étendit son pouvoir sur tous les villages de la région, jusqu'au pays Yambassa.

MACHIA voulu dans un premier temps, séparer MBARA de son petit frère YOMBO, en proposant à ce dernier des pouvoir sur un certain nombre de village Bafia. Cette tentative de division devait lui permettre d'isoler MBARA, et d'éliminer tout risque de complots contre son règne. Mais YOMBO avait en tête les consignes de son feu père, et il donna cette réponse à MACHIA:

"Ton père et toi avez peut être corrompu les sujets de mon feu père; Mais quoi que vous fassiez, les Bafia n'ont qu'un roi; et ce roi n'est personne d'autre que mon frère.

Mon père le souverain l'avait établi ainsi. Il m'avait choisi pour que je lui tienne le cheval.

Mon frère aîné sera à dos de cheval, et moi je serais à terre, lui tenant la corde pour que son cheval ne s'affole et ne le fasse tomber.

C'est à cela que mon pére m'a désigné, et c'est un honneur pour moi d'être au serviteur du Roi, même si j'en suis le frère.

Quand il galopera, moi je serais à terre marchant prêt de lui, et courant parfois derrière son cheval, mais ayant la certitude qu'à destination, je serais présent pour que mes paumes de main lui servent d'échelle, afin qu'il descende de son cheval en douceur;

Voilà le rôle qui est mien".

En effet ce rôle poétiquement décrit par Yombo le frère du souverain, lui avait été assigné suite au dernier entretien que le souverain YOMBO avait eu avec ses fils avant sa mort.

Voici ce qui fut confié à ses fils en présence de quelques élites, et de ANONG, le future roi par Intérim;

"YOMBO rappela à Mbara son fils aînée qu'il était le future roi des Bafia. Il poursuivit en précisant que de génération en génération, la descendance de Mbara gouvernera sur les Bafia et que en aucun cas elle devra passer à la descendance de son frère cadet.

Au frère cadet YOMBO A YOMBO, il confia le pouvoir de bénédiction. "Le roi n'aura aucun pouvoir, s'il ne le reçoit de toi, la bénédiction et l'onction du pouvoir, t'appartiendront ta descendence bénira les roi des bafia, ceci de génération en génération. C'est ensemble que vous gouvernerez et règnerez sur le peuple. Leur pouvoir ne saura être viable, si cette bénédiction ne leur est donnée".

MBARA essaya l'ultime tentative de reprise du trône, avec l'arrivée des Allemands. Il fut le premier responsable de la région à entrer en contact avec ces derniers. Cette opportunité d'allier les Allemands à sa cause ne fut malheureusement pas un succès. La notoriété de Machia était devenue grande, et son influence dans la région était sans équivoque. Toute forme de suspicion de trahison, pouvait être coûteux pour des chefs des villages sur lesquels il régnait.

Pour avoir facilement le contrôle de la région, et éviter une démarche qui leur ferait perdre du temps, les Allemands préférèrent soutenir MACHIA. Ce soutient fut un coup de grâce pour MBARA, qui décida de quitter la région de Bafia, pour s'établir à TIBATI. Mais cet exode fut de courte durée, car les Allemands finirent par trouver un compromis entre les deux Monarques. Ils firent de RIONONG (peuple sur lequel régnait MBARA), une localité autonome, qui devait rester hors de l'influence du pouvoir de MACHIA.

 

Cette séparation avait certes fait baisser les tensions, mais n'avait pas résolu le problème entre les deux monarchies. Plus tard, Machia essayera d'intégrer dans sa gouvernance les proches du Chef MBARA, en les affectant comme chefs de localité dans d'autres villages de la région.

Il proposa à MBARA, l'extension de son pouvoir sur le village Bitang, village qui n'acceptait aucune domination d'une quelconque monarchie, et sur lequel, MACHIA lui-même avait du mal à imposer sa volonté.

MBARA accepta la proposition. Le jour de la prise du pouvoir à Bitang, les Bitang donnèrent une fête pour souhaiter la bienvenu au nouveau chef. Mais il est de tradition chez les Bitang de ne pas accepter une autorité imposée.

MBARA va s'en rendre compte à ses dépends. Les Bitang reçoivent le souverain comme il était de coutume dans la région, et préparent de la nourriture. Parmi les plats présentés, il y a une marmite de coq, dont le gésier, signe de puissance et de virilité doit revenir au chef.

Quand le chef ouvre la marmite, alors même qu'il s'apprête à se servir, le coq se reconstitue et laisse pousser un chant de réveil.

Le chef est stupéfait; Il a compris le message. Il se lève et quitte le village Bitang. Arrivé à Rionong son village, il envoie dire à MACHIA que son règne sur Bitang est terminé.

Les tensions et rivalités entre MACHIA et MBARA durèrent jusqu'à la mort des deux souverains.

MACHIA était craint; Il avait réussit à gagner la confiance des Allemands et celle des français qui les remplacèrent après la première guerre mondiale.

Il utilisait les paysans pour faciliter la vie des colons, et n'hésitait pas à mettre à disposition de ces derniers, des escortes devant transporter les vivres pour leur permettre d'atteindre facilement ESSEKA.

Il avait également facilité le commerce avec les pays bassa, et organisé la gouvernance local des villages sur lesquels il régnait. Malheureusement, les revenus du commerce ne profitaient pas aux Bafia, mais beaucoup plus aux colons qui s'en servaient pour mieux asseoir leur pouvoir.

Les deux souverains verront leur pouvoir s'effriter dans le temps; MBARA ne jouant plus qu'un rôle de chef du village Rionong, tandis que Machia ne règne plus que sur le centre ville de Bafia.

Machia gouverna sur les Bafia jusqu'à sa mort. Son palais érigé au plateau Machia (quartier de la ville de Bafia qui porte encore son nom) s'y trouve toujours, et constitue l'un des monuments de l'histoire de la monarchie de la région.

L’accession au pouvoir du chef Machia Issoufou, fils de MACHIA, se fit alors que l’Afrique était en proie à l’invasion européenne d’après la deuxième grande guerre, et les luttes d'indépendance qui les accompagnaient. Les administrations coloniales avaient établi de nouvelles règles de gouvernance, qui primaient sur les monarchies locales.

Le nouveau découpage administratif, réduisit le pouvoir de MACHIA Issoufou, à un seul quartier. Ce quartier porte encore le nom du Plateau MACHIA, au centre de la ville de Bafia.

MBARA A YOMBO quant à lui fut succédé par son fils MOYAKAN A MBARA Abdoulay.

MOUYAKAN travailla d'abord au sein de la jeune administration Camerounaise, comme commissaire divisionnaire de rang exceptionnel, avant de rentrer prendre la tête de son village.

Son règne ne fut pas de toute tranquillité. Il honorait ses sujets à l'extérieur de son village, en jouant de sa notoriété, pour imposer le respect qu'il estimait que les autres peuples leurs devaient. Mais à l'intérieur du village, il voulu appliquer à ses sujets, les méthodes utilisées dans sa fonction de policier; Ce qui eu pour conséquence, la révolte d'une partie du village, en occurrence, celle de ses cousins, fils de YOMBO A YOMBO avec lesquels, il se brouilla.

Ce conflit à la tête du village eu des conséquences très graves. Le village fut divisé en deux. Les fréquentations entre les entités étaient interdites; même pour travaerser le village, il fallait bien choisir son chemin. MOUYAKAN mourut en 1996, et sa succession ne suivit que 4 ans plus tard.

Sans remettre en cause, la légitimité des chefs traditionnels, la France avait établi un gouvernement colonial, qui exerçait désormais sa domination sur les peuples de la régions, et à qui l'impôt était payé. Dans ces conditions, même si la légitimité des souverains reste d'actualité, leur influence n'est plus que limitée. Ils sont dans un premier temps, utilisés pour servir de courroie entre le gouvernement colonial et le peuple, mais leur influence diminue au fur et à mesure que les colons se rapprochent des peuples.

 

 

 

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