Mme Hortence BIRENG Inspectrice de l'enseignement primaire
Bonjour Madame l'inspectrice de l'éducation de base de l'arrondissement de Bafia.
Bonjour monsieur.
Madame, pouvez-vous nous présenter votre service?
Oui bien sur! il s'agit de l'inspection d'arrondissement de l'éducation de base de Bafia. Ce nom a connu des modifications, depuis la publication du nouvel organigramme. Avant, le service était appelé, "Inspection d'arrondissement pour l'éducation primaire. L'évolution du nom est lié aux changements relatifs au ministère de tutelle.
A votre arrivée à la tête de l'inspection, quel diagnostique avez-vous fait?
A mon arrivée à 'inspection d'arrondissement de Bafia, j'ai eu à prendre la température à travers une tournée de prise de contact organisée par mes soins. Les réunions organisées durant cette tournée, et celles organisées au sein même de l'inspection, m'ont permis de faire un diagnostique qui n'était pas du tout admirable.
Tout d'abord pour ce qui est des ressources humaines, l'inspection d'arrondissement de Bafia compte 19 personnes, dont l'inspecteur et 3 chefs de bureau. Deux des trois chefs de bureau doivent faire valoir leur droit à la retraite d'ici fin 2008. Le reste du personnel est également impacté par ces départ à la retraite. Il faut noter que l'inspection est féminisée à plus de 80% (3 employés homme, pour 16 femmes). Quand on joint à ceci les problèmes de santé et de famille dont ces dames doivent faire face au quotidien, je me retrouve finalement à travailler avec moins de 5 personnes en moyenne, de manière régulière.
L'assiduité et la régularité posent un sérieux problème pour certains, et avec des habitudes qui ont la peau dure, certains ont vraiment du mal à travailler et à donner un rendement acceptable. Il arrive régulièrement de voir une personne s'amener au travail à 10h, ce qui n'est déjà pas normal, pour en repartir à 13h.
Pour ce qui est des ressources infrastructurelles, l'inspection est vétuste; les bâtiments sont vieux, et n'ont pas été bien entretenus. Le mobilier est également dans cette situation. Les armoires ne se ferment pas, les chefs de bureau sont obligés de partager une table avec les agents, et on peut voir 5, 6 personnes assises autour de la même table, ce qui influence également le rendement de chacune de ces personnes.
L'inspection n'a aucun véhicule, aucun ordinateur.
Sur le terrain, on rencontre les mêmes problèmes, un personnel enseignant insuffisant, et vieillissant. Certaines écoles à cycle complet n'ont pour enseignant officiel que le directeur. Il assure les cours et son rôle de directeur. On est fait recours aux parents enseignant, l'état n'ayant pas les moyens de remédier à cette situation. On voit facilement dans ces conditions, des élèves qui se sont abandonnés à eux - même. Les salles de classe sont vétustes, et se détruisent chaque année, et la population étant en croissance, le nombre d'élève ne cesse d'augmenter.
L'absence du matériel didactique est un autre problème, car l'arrondissement de Bafia n'est doté d'aucune bibliothèque, dans aucune école, même pas à l'inspection elle-même. Dans certaines écoles, les directeurs n'ont même pas de bureau. Ils sont obligés de transformer leur salle de cours en bureau. L'arrondissement de Bafia connaît d'énormes problèmes, en ce qui concerne l'éducation de base.
Au delà de tous ces problèmes administratives et infrastructures, aucune école ne dispose d'un point d'eau où les élèves peuvent s'abreuver, même pas de latrines. Je vous assure, la situation est grave.
Compte tenu du diagnostique ainsi détaillé, comment comptez-vous vous y prendre pour remédier où améliorer cette situation?
Ce que je compte faire, rentre à la limite des moyens qui sont les miens, à jouer mon rôle de management, qui consiste à faire prendre conscience que le manque de moyens, ne saurait justifier la conscience professionnelle approximative dont font preuve certains collaborateurs. La mise à disposition des moyens matériels, est une autre paire de manche, car je n'arrive même pas à avoir le matériel de première nécessité, à savoir le papier pour l'inspection et les écoles.
Vous êtes une femme, ne rencontrez-vous pas des résistances, sur l'application des décisions que vous prenez au niveau de l'enseignement de base à Bafia?
Les réticences je les rencontre tous les jours; et je ne pense pas qu'elles soient forcement liées au fait que je sois une femme. Certaines personnes pensent que le manque de moyen, est une belle occasion pour rester chez elles, et croiser les bras. D'autres disent que je ne suis que leur fille; qu'est ce qu'une petite fille peut raconter? il s'agit particulièrement de ceux qui sont d'un certain âge, et pour qui la retraite 'est plus loin.
C'est chacun dans son coin qui trouve une raison pour ne pas faire son travail. Et ce comportement se fait ressentir au niveau des résultats, des performances des élèves.
De plus, bon nombre d'enseignants ont besoin de se recycler, pour s'adapter aux nouveaux programmes pédagogiques. Pour atteindre cet objectif j'ai organisé des séminaires et divisé l'arrondissement en cellules pédagogiques que nous appelons UAPEP"Unité d'animation pédagogique pour les écoles primaires" et UAMAT "Unité d'animation pédagogique pour les maternelles". Ce qui fait que chaque mois, nous consacrons notre réflexion à un thème développé, pour permettre aux uns et aux autres de se mettre à la page.
Avez-vous un programme d'initiation des élèves aux nouvelles technologies?
C'est un rêve, l'introduction de l'informatique doit être effective dans toutes les écoles pour les trois années avenir. C'est ce qui est officiellement indiqué. Mais si une école n'a pas de salle de classe, si une école n'est pas alimentée en énergie électrique, comment cette école peut se doter d'un outil informatique? Commençons d'abord par les doter des choses simples, les latrines et les points d'eau où les élèves peuvent étayer leur soif, on aura fait un grand pas.
Quels sont vos projets à court, à moyen et à long terme, pour l'enseignement dans l'arrondissement de Bafia?
Mes projets portent sur plusieurs points; J'ai initié des correspondances au niveau de la hiérarchie, pour qu'on nous affecte d'avantage, d'enseignants qualifiés, et qu'on mette à notre disposition, un minimum de moyen qui pourront nous permettre de faire notre travail. J'ai également tendu la main aux parents, pour leur dire que, l'école est ouverte à la communauté, ils peuvent aider l'école à survivre, en participant au fonctionnement des associations des parents d'élèves. J'ai personnellement écrit aux parents pour les sensibiliser, sur la nécessité pour un élève d'avoir ne serait ce que le livre de lecture, à défaut des trois livres essentiels (français, mathématiques et anglais).
S'il fallait dresser les besoins par ordre de priorité, par quoi commenceriez-vous?
Je commencerais par le personnel enseignant qui est essentiel pour l'encadrement des élèves, suivi de la réhabilitation et de la construction des salles de classe, la création des latrines pour des besoins sanitaires évidents, et l'alimentation en points d'eau des écoles.
Quel message lanceriez-vous aux mbamois?
C'est un message de solidarité, ils doivent se rapprocher de leurs populations. Si je n'avais pas été affecté à Bafia, je n'aurais jamais imaginé une telle situation. Vous pouvez-vous imaginer qu'à Bafia, il y a encore des écoles où les élèves sont assis à même le sol, dans un hangar fait en natte de "Rafia", où un directeur est le seul enseignant pour six classes? le message est que chacun de nous viennent soutenir nos petits frères qui seront l'image de notre région de demain. C'est aujourd'hui qu'ils ont besoin d'aide.