Bonjour Mme Guarisma, vous avez longtemps vécu à Bafia; quelle image vous en gardez?
Bonjour, j'ai vécu à Bafia et dans plusieurs autres villages voisins. Ce que j'en garde, c'est des souvenirs extraordinaires, par ce que j'ai été accueillie, avec beaucoup enthousiasme par les Bafia, à cette époque, M. Bidias à Ngon et Bidias Benjamin qui travaillaient au Ministère des Finances, et avec le concours de l'ambassadeur du Cameroun en France, ils m'avaient organisé un accueil des plus chaleureux. Ils ont tout fait pour que mon arrivée à Bafia se passe dans les conditions les meilleures qui soient.
Le Cameroun est devenu un deuxième pays pour moi. Mon premier séjour date de 1967, j'y étais restée sept mois pour un premier contact. Par la suite, j'y suis retournée pratiquement tous les ans, dans le cadre des missions qui m'étaient confiées par le CNRS (Centre National de la Recherche scientifique), et qui étaient consacrées à la recherche sur la langue Bafia. Ce travail a duré jusqu'en 1975.
J'ai eu aussi l'occasion de rencontrer Rosmarie Leiderer, ethnologue d'origine allemande, qui était également basée dans la région, et qui travaillait sur la médecine traditionnelle, avec le concours du guérisseur Ousmanou Biabak à Nnong. Nous avons travaillé ensemble, et les résultats sont dans son ouvrage qu'elle a publié sur la médecine mbamoise.
Vous êtes retournés à Bafia, il y a peut de temps; vous n'arrivez pas à vous en passer?
J'ai cette chance d'avoir des missions qui concernent la région. J'y suis effectivement retourné en 2001, ça fait sept ans, vous voyez ça passe vite. Je devais faire une enquête sur les chants que l'on rencontre dans les fables bafia. C'était un travail passionnant.
De 1975 à 2001, vous avez passé 26 ans avant d'y retourner. Qu'est ce qui vous a le plus frappé?
J'avais toujours des contacts avec les bafia, mais ici en France. Lors de mon dernier voyage, j'ai constaté un changement total. C'était la découverte d'une ville nouvelle, qui n'avait rien à voir avec ce que j'avais connue. La petite ville calme, la vie tranquille, avaient laissé place à une nouvelle ville qui se modernise, et qui s'accompagne de tout ce qu'apporte le modernisme; les gens sont pressés, il y a plus de bruit, plus de boutiques, plus de circulation.
Vous avez travaillé pendant beaucoup d'années sur la langue bafia, et fait de nombreuses publications; pensez-vous vraiment que ces publications bénéficient aux bafia? si oui, de quelle façon.
Mon travail était un travail de spécialiste, pour la connaissance approfondie de la langue. Mais, je pense que ces publications peuvent être utiles aux Bafia. Ce travail porte aujourd'hui, entre autres, sur la mise au point d'une transcription qui permettrait son accessibilité au public. Mais il est important que ceux qui souhaitent se familiariser avec le Bafia prennent la peine de lire les lignes consacrées à cette transcription qui leur permettra de mieux assimiler la partie de la phonétique bafia qui n'a pas de correspondance avec le français, où une autre langue latine.
Pouvons-nous avoir accès aux résultats des études menées par vos soins, afin de nous en inspirer pour la mise en ligne d'un module d'apprentissage du Bafia?
Bien sur! je pourrais vous faire une présentation de la langue bafia, de ces rapports aux autres langues de la région, et donner des éléments relatifs à sa grammaire.
Vous qui n'êtes pas native de Bafia, mais qui connaissez la région, jusqu'à la langue. Si on vous demande aujourd'hui, qu'est ce que les Bafia peuvent faire pour que la région garde l'image la plus positive, que diriez-vous?
Je pense que les Bafia doivent d'abord chercher à garder leur langue qui contient d'inestimables richesses. Il serait vraiment dommage de voir une telle langue disparaître. Au delà de l'aspect linguistique, le style de vie, et la culture traditionnelle bafia est un atout pour la région. A ces points, viennent évidemment s'ajouter la chaleur humaine, la solidarité et l'adhésion à des projets communs. De mon point de vue, c'est des choses qui font de Bafia une région extraordinaire.
Par LAB
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